EPISCENE – CINQ QUESTIONS A SOPHIE COLLARD

Épiscène est le programme d’actions du cluster MA Sphère qui mobilise et accompagne les entreprises culturelles vers plus d’égalité professionnelle. L’ARACT Occitanie et Artémisia accompagnent : le GE OPEP, le Théâtre du Grand Rond, la Compagnie d’Elles, Lo Bolegason, un service de la Ville de Toulouse et ABC Actions Culturelles.

Nous avons posé quelques questions à Sophie Collard, coordinatrice du bureau d’études Artémisia, sur son implication dans ce projet.

 

Quel est votre rôle dans le programme Episcène ?

 

J’accompagne quatre structures culturelles de tailles et de disciplines artistiques variées dans la mise en place d’actions vers l’égalité. Il s’agit de co-construire des solutions pour réduire les inégalités que nous identifions ensemble dans leurs structures, à la fois au sein des conditions de travail des équipes que sur les inégalités dans la programmation artistique. Ce programme est une expérimentation avec un double objectif : réaliser au moins une action concrète d’envergure par structure et créer un modèle type d’accompagnement accessible à l’ensemble des structures culturelles. Chacune d‘entre elles évolue différemment donc il faudra sans doute proposer un choix à la carte.

 

Quelles sont les spécificités dans le secteur culturel ?

 

Le mythe de l’égalité déjà là y est extrêmement présent. La plupart des professionnel·le·s du secteur ont envie d’agir et l’impression de déjà le faire, il y a une forme de déni. On se trouve dans un paradoxe où l’on sait que le secteur culturel est l’un des plus inégalitaires mais le sentiment général reste que c’est un secteur progressiste qui n’a pas besoin d’accompagnement.

 

Quelles sont les inégalités les plus notables ?

 

On observe une non-mixité des métiers et une division sexuée des tâches très forte. L’articulation des temps de vie est également un frein majeur à une égalité réelle dans ce secteur. Par exemple dans une structure accompagnée un homme travaille tous les soirs et tous les weekends. Cela pénalise ses projections pour fonder une famille; cela a été abordé en équipe mais il est très difficile de trouver une solution. On y travaille donc ! Il existe aussi de grandes inégalités dans l’action artistique avec des programmations majoritairement masculines et une communication stéréotypée.

 

Comment l’accompagnement fonctionne-t-il ?

 

C’est un travail sur le long terme, il ne faut pas brusquer les personnes. Nous commençons par établir un diagnostic et acter qu’il faut faire des progrès. Mon rôle c’est d’essayer de trouver des solutions adaptées à chaque cas. Je prends le temps de me renseigner à leur place sur les possibilités. Il est important d’être à l’écoute et de porter un regard extérieur. Il n’y a pas de recettes miracles ! Les solutions se trouvent en équipe, il faut que les personnes s’emparent de la question.

 

Que faut-il pour aller plus loin ?

 

La clé est vraiment la prise de conscience. Les chiffres existent mais ils sont peu connus des professionnel·le·s. Ce sont souvent les mêmes structures qui s’informent et s’investissent mais elles sont déjà sensibilisées. Il faut réussir à toucher les autres. Dans les pratiques amateurs on a une majorité de femmes et dans les pratiques professionnelles une majorité hommes, est-ce que ça veut dire que les femmes sont particulièrement mauvaises et les hommes particulièrement doués ? C’est une réflexion qui semble complètement absurde. Et pourtant, on reste dans ce fatalisme où l’on considère qu’on ne peut pas programmer de femmes car elles ne sont pas là. Un autre problème c’est le peu de moyens dans le secteur qui est étouffé financièrement. Les équipes sont en surcharge d’activité et la question de l’égalité n’est pas comprise dans leurs missions donc cela rajoute du temps bénévole.