EPISCENE – QUATRE QUESTIONS A CATHERINE HUGONET

Épiscène est le programme d’actions du cluster MA Sphère qui mobilise et accompagne les entreprises culturelles vers plus d’égalité professionnelle. L’ARACT Occitanie et Artémisia accompagnent : le GE OPEP, le Théâtre du Grand Rond, la Compagnie d’Elles, Lo Bolegason, un service de la Ville de Toulouse et ABC Actions Culturelles.

Nous avons posé quelques questions à Catherine Hugonet, directrice de la Direction Régionale aux Droits des Femmes et à l’Egalité (DRDFE), sur son implication dans ce projet.

 

Pourquoi soutenir un projet expérimental comme Episcène ?

 

D’abord parce qu’on est dans un contexte favorable, l’égalité entre les femmes et les hommes a été désignée « grande cause nationale ». C’est donc l’une des priorités de notre ministère. Elle l’a toujours été, c’est un support de l’égalité en général, de la démocratie. Ensuite votre action est une expérimentation, une innovation : en tant que DRDFE nous soutenons cela, l’état a lui-même acté le « droit d’expérimentation ». Enfin, Episcène s’inscrit dans l’appel à projet que nous copilotons avec la DIRECCTE et la cellule FSE de l’Etat. Il y avait donc une « conjonction de planètes » pour vous soutenir.

 

Avez-vous découvert des inégalités auxquelles vous ne vous attendiez pas dans le secteur culturel ?

 

Avant Episcène, nous étions déjà largement sensibilisé.e.s. Nous travaillons depuis longtemps avec la Drac, le collectif HF… Je suis convaincue que la culture doit permettre la cohésion sociale, c’est donc pour moi important d’agir dans ce secteur qui cultive pourtant une telle illusion de l’égalité tout en diffusant des valeurs d’égalité, de vivre ensemble. On a pu le voir dans d’autres secteurs comme l’économie sociale et solidaire, avec des gouvernances qui ne pratiquent pas les valeurs qu’elles prônent. Le plus surprenant dans ce qu’a révélé Episcène, c’est l’ampleur du phénomène et les résistances. Comme dans tout autre secteur, il est difficile et long d’évoluer positivement entre la prise de conscience, la sortie du déni, l’accompagnement indispensable. Nous ne sommes donc pas surpris.e.s des résultats, mais ils montrent que le changement ne peut se faire que progressivement et dans la durée.

 

Finalement, ce secteur est-il si différent des autres ?

 

Il a ses spécificités par les statuts divers de ses acteurs (intermittent.e.s, salarié.e.s, bénévoles…) et l’hétérogénéité de ses structures (de la micro entreprise à la grosse institution en passant par l’associatif…) ce qui fait qu’on ne pense pas de la même manière les horaires, la conciliation des temps de vie, l’égalité en général. Dans ce contexte, en cas de difficultés, les personnes se retrouvent souvent seules, isolées dans leur bulle face aux inégalités, là encore malgré un contexte en apparence « ouvert aux autres ». Néanmoins certains freins sont similaires à d’autres secteurs : les stéréotypes, la méconnaissance des mécanismes qui mènent aux inégalités, la banalisation des inégalités, le sentiment d’être démuni.e.s face aux violences sexistes et sexuelles…

 

Comment peut-on envisager d’aller plus loin aujourd’hui ?

 

Il y a un frein conséquent, c’est l’insuffisance ou la complexité des moyens d’incitation et de financements pour développer l’accompagnement des entreprises. Il est cependant indispensable de continuer à faire connaître les inégalités FH, amplifier la culture de l’égalité et la lutte contre les stéréotypes, diffuser de l’information auprès des structures et leurs publics notamment sur les violences, sensibiliser, former, innover… On peut également interpeler régulièrement les décideurs, en amenant des propositions de réduction des inégalités. Pour cela il faut savoir faire du bruit, se faire entendre, en parlant des inégalités, en exigeant l’égalité FH dans les programmations culturelles par exemple. Enfin Il faut développer des plans d’action opérationnels et pluri-annuels et prévoir leur évaluation.